Rétrospective d’une carrière cycliste hors du commun : Philippe Gilbert
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Philippe Gilbert : rétrospective d'une carrière cycliste hors du commun

Il y a des sportifs qu'on admire. Et il y a des sportifs qu'on n'oublie pas. Philippe Gilbert appartient à la deuxième catégorie. En plus de vingt ans de carrière professionnelle, le Belge de Remouchamps a tout gagné, tout traversé — les sommets comme les chutes, au sens propre comme au figuré. Retour sur le parcours d'un champion qui a redéfini ce que signifie être un coureur complet.
Dans cet article :
- Ses débuts discrets et sa montée en puissance
- La saison 2011, la plus grande de l'histoire récente du cyclisme
- Le Championnat du Monde 2012 : le sacre ultime
- Sa renaissance à Paris-Roubaix en 2019
- Son palmarès complet et son héritage
Qui est Philippe Gilbert ? Les grandes lignes d'une légende
Né le 5 juillet 1982 à Remouchamps, en province de Liège, Philippe Gilbert a grandi dans une région qui respire le cyclisme. Liège-Bastogne-Liège passe à quelques kilomètres de chez lui. Les noms de Merckx, Hinault et Indurain font partie du vocabulaire familier. Difficile, dans ce contexte, de ne pas tomber amoureux de la petite reine.
Ce qui distingue Gilbert de la plupart de ses contemporains, c'est sa polyvalence exceptionnelle. Dans un peloton où les coureurs sont de plus en plus spécialisés — grimpeurs purs, sprinteurs, rouleurs — Gilbert, lui, est capable de tout faire. Gagner sur les pavés du Nord, s'imposer dans les Ardennes, sprinter en tête d'un groupe de costauds. Cette faculté rare lui a permis de briller là où peu de coureurs ont osé s'aventurer.
Les débuts : de Remouchamps au peloton professionnel (2002–2008)
Philippe Gilbert passe professionnel en 2002 avec la Fdjeux.com (aujourd'hui FDJ). Il est jeune, ambitieux, et déjà reconnaissable à son style offensif. Il n'aime pas attendre. Il attaque, prend des risques, fait la course.
Ses premières victoires arrivent progressivement. En 2006, il remporte la Classique de Saint-Sébastien, une course d'un jour exigeante qui confirme son profil de puncheur. En 2008, il rejoint la Silence-Lotto, une équipe belge qui lui offre davantage de responsabilités et de liberté tactique. Le cadre est posé. La suite va être spectaculaire.

L'ascension fulgurante : les années Omega Pharma (2009–2012)
En 2009, Gilbert signe chez Omega Pharma-Lotto et entre dans une nouvelle dimension. Victoires en cascade, constance au plus haut niveau, présence sur toutes les grandes classiques. Mais rien ne laisse encore présager ce qui va se passer en 2011.
La saison 2011 : l'année de tous les records
Le printemps 2011 restera comme l'une des périodes les plus dominatrices jamais vécues dans le cyclisme moderne. En l'espace de quelques semaines, Philippe Gilbert réalise l'inimaginable : il remporte successivement l'Amstel Gold Race, la Flèche Wallonne, Liège-Bastogne-Liège et, en fin de saison, le Tour de Lombardie.
Quatre monuments ou semi-classiques en une seule année. Aucun coureur de sa génération n'avait accompli pareille performance. Le peloton est sous le choc. Les observateurs cherchent leurs mots. Gilbert, lui, sourit. Il fait ce qu'il aime : rouler vite, attaquer fort, gagner.
Cette saison-là, il est élu Vélo d'Or, la plus haute récompense individuelle du cyclisme mondial. Une consécration qui ne surprend personne.
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Course |
Année |
Résultat |
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Amstel Gold Race |
2011 |
Victoire |
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Flèche Wallonne |
2011 |
Victoire |
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Liège-Bastogne-Liège |
2011 |
Victoire |
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Tour de Lombardie |
2011 |
Victoire |
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Vélo d'Or |
2011 |
Victoire |
Valkenburg 2012 : le sacre mondial
Le 23 septembre 2012, sur les routes hollandaises de Valkenburg, Philippe Gilbert réalise le rêve de tout cycliste : remporter le Championnat du Monde. Ce jour-là, il attaque dans la dernière ascension de la Cauberg, creuse l'écart avec méthode, et franchit la ligne en solitaire sous un déluge de supporters belges en délire.
Le maillot arc-en-ciel. La tunique la plus convoitée du cyclisme. Celle que l'on ne porte qu'une fois dans sa carrière si la chance est au rendez-vous. Gilbert la porte avec la fierté tranquille de celui qui savait, au fond, qu'il le méritait.
La maturité : BMC, monuments du Nord et résilience (2013–2018)
Après ces années de domination, Gilbert poursuit sa carrière avec une constance admirable. Il rejoint l'équipe américaine BMC Racing en 2013, puis Quick-Step Floors en 2017. Deux structures de haut niveau qui lui permettent de viser les plus grands rendez-vous du calendrier.
C'est lors de cette période qu'il se tourne de plus en plus vers les classiques du Nord : Paris-Roubaix, le Tour des Flandres, Gand-Wevelgem. Des courses brutales, disputées sur des pavés glissants et des routes étroites, bien loin de la douceur des Ardennes de son enfance. Mais Gilbert s'y adapte, encore une fois.
Le 12 juillet 2017 marque pourtant une parenthèse douloureuse. Lors du Tour de France, une chute violente dans une descente à Forcalquier lui fracture la rotule. L'image de Gilbert à terre, grimançant de douleur sur l'asphalte provençal, fait le tour du monde. Beaucoup se demandent si le champion belge peut encore revenir au plus haut niveau. La réponse viendra deux ans plus tard, sur les pavés les plus célèbres du monde.
Paris-Roubaix 2019 : la victoire de la résilience
Le 14 avril 2019. Le vélodrome de Roubaix. Philippe Gilbert entre dans la salle des machines d'un sprint final et lève les bras. Il a 36 ans. Il vient de remporter Paris-Roubaix, la course la plus rude du calendrier professionnel, surnommée "l'Enfer du Nord".
Deux ans après sa fracture, au moment où certains pensaient sa carrière derrière lui, Gilbert a réalisé l'un des plus beaux retours de l'histoire du cyclisme dans sa tenue de cyclisme. Sa victoire n'est pas seulement sportive — elle est humaine. Elle parle de persévérance, de travail dans l'ombre, de refus d'abandonner quand la douleur dit de s'arrêter.
"Je suis soulagé. Après la chute de 2017, je n'étais pas sûr de pouvoir revenir à ce niveau." — Philippe Gilbert, au micro d'Eurosport, après sa victoire à Roubaix
Le crépuscule et la retraite : une sortie en champion (2019–2023)
Après Roubaix, Gilbert continue de se battre avec la même intensité. Il rejoint Lotto-Soudal en 2020, où il assume parfois un rôle de lieutenant pour ses coéquipiers, transmettant son expérience à une nouvelle génération de coureurs. Quelques victoires viennent encore agrémenter son palmarès, mais l'heure de la retraite approche.
En 2023, Philippe Gilbert annonce officiellement la fin de sa carrière sportive. Le peloton perd l'un de ses membres les plus emblématiques. Les hommages affluent du monde entier — de Van der Poel à Alaphilippe, de sa Belgique natale aux rédactions sportives internationales.
Le palmarès complet : les chiffres d'une légende
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Course |
Victoire(s) |
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Championnat du Monde |
2012 |
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Paris-Roubaix |
2019 |
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Liège-Bastogne-Liège |
2011 |
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Tour de Lombardie |
2009, 2010, 2011 |
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Amstel Gold Race |
2010, 2011, 2014 |
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Flèche Wallonne |
2011 |
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Classique de San Sebastián |
2006, 2008, 2011 |
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Grand Prix de Montréal |
2011 |
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Grand Prix de Québec |
2011 |
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Vélo d'Or |
2011 |
Plus de 80 victoires en carrière professionnelle. Cinq classiques monuments. Un maillot arc-en-ciel. Des chiffres qui parlent d'eux-mêmes, mais qui ne disent pas tout de ce que Philippe Gilbert a apporté au cyclisme.
L'héritage : bien plus que des victoires
Ce qui restera de Philippe Gilbert, au-delà des trophées et des podiums, c'est une certaine idée du cyclisme. Celle d'un sport où la tactique, le courage et l'intelligence font autant que les jambes. Celle d'un coureur capable de s'adapter, d'évoluer, de se réinventer à chaque étape de sa vie.
Dans un peloton de plus en plus spécialisé, Gilbert a prouvé qu'un coureur complet pouvait encore exister et dominer. Il a inspiré une génération de jeunes Belges, relancé l'intérêt pour les classiques de printemps, et offert au public quelques-uns des moments les plus émouvants de ces vingt dernières années de cyclisme.
Philippe Gilbert n'est pas seulement un grand champion. Il est l'un des derniers représentants d'un cyclisme à l'ancienne, où l'on attaque pour gagner, pas pour ne pas perdre.